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  <title>Elfe noire &amp; démon rouge - Tag - william</title>
  <link>http://elfenoire.net/</link>
  <description>Romans et nouvelles d'heroic-fantasy à tendance humoristico-subversive.</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Wed, 10 Sep 2008 12:39:03 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
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  <item>
    <title>William</title>
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    <pubDate>Fri, 09 Nov 2007 16:22:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Elly</dc:creator>
        <category>personnage</category><category>william</category>    
    <description>    William est un jeune homme qui officiellement n'est qu'un peintre. Il cache
pourtant de terribles secrets, comme le fait qu'il a une amie imaginaire
dénommée Angèle. Sauf que ce n'est pas vraiment son amie. D'accord, ça peut
paraître pas si terrible que ça, comme secret, mais essayez de vivre en
permanence avec une personne qui n'existe pas sur le dos et on en reparlera.</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Elfe noire &amp; démon rouge : Pas tout à fait des hommes</title>
    <link>http://elfenoire.net/post/2007/06/15/Elfe-noire-demon-rouge-%3A-Pas-tout-a-fait-des-hommes</link>
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    <pubDate>Thu, 20 Sep 2007 11:28:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Elly</dc:creator>
        <category>axelle</category><category>gay</category><category>kalia</category><category>lesbienne</category><category>pas tout à fait des hommes</category><category>roman</category><category>william</category>    
    <description>    &lt;div class=&quot;section&quot;&gt;
&lt;h2&gt;Téléchargements&lt;/h2&gt;
&lt;a id=&quot;telecharger&quot; name=&quot;telecharger&quot;&gt;&lt;/a&gt;
&lt;p&gt;À l'heure actuelle, ce roman est en état de relecture finale. Les remarques
ou corrections sont évidemment les bienvenues. Vous pouvez le télécharger
gratuitement ou commander une version papier sur Lulu.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;novel&quot;&gt;
&lt;h2&gt;&lt;a href=&quot;http://elfenoire.net/post/2007/06/15/&quot;&gt;Pas tout à fait des hommes&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;table width=&quot;0&quot;&gt;
&lt;tr&gt;
&lt;td&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li class=&quot;download&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://reveries.info/endr/dl/endr.pdf&quot;&gt;PDF&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;download&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://reveries.info/endr/dl/html/endr.html&quot;&gt;HTML&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li class=&quot;download&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lulu.com/content/388126&quot;&gt;Papier&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;img src=&quot;http://reveries.info/pics/covers/endr.png&quot; alt=&quot;Image de couverture&quot; style=&quot;width: 8em&quot; /&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;
&lt;p&gt;Kalia est la seule elfe de la ville à travailler dans la garde, et ça ne lui
rend pas les choses faciles. Du coup, elle se contente principalement d'essayer
de survivre et cherche en général à éviter les ennuis. Mais un jour elle fait
un peu de zèle et rencontre Axelle, une voleuse démoniaque qui va
considérablement changer sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de réaliser ce qui lui arrive, elle va se retrouver impliquée dans une
affaire qui la dépasse et devra faire avec des orcs révolutionnaires, des nains
remontés, un général belliqueux, un vampire schizophrène, une prophétie
obscure, une épée sacrée, un Élu au coeur pur, ainsi qu'une multitude d'autres
choses potentiellement mortelles mais au nom moins impressionnant.&lt;/p&gt;
&lt;/td&gt;
&lt;/tr&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;section&quot;&gt;
&lt;h2&gt;Informations&lt;/h2&gt;
&lt;a id=&quot;infos&quot; name=&quot;infos&quot;&gt;&lt;/a&gt;
&lt;p&gt;Au départ, «Elfe noire, démon rouge» a été publié par épisodes. Si vous avez
envie de voir à quoi ressemblait la première version non retouchée, vous pouvez
voir la compilation de ces épisodes en &lt;a href=&quot;http://endr.reveries.info/dl/episodes.pdf&quot;&gt;PDF&lt;/a&gt; ou en &lt;a href=&quot;http://endr.reveries.info/dl/episodes_html/episodes.html&quot;&gt;HTML&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un certain nombre de nouvelles se déroulent dans le même univers, &lt;a href=&quot;http://elfenoire.net/post/2007/06/15/../erekh/index.html&quot;&gt;Erekh&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux que ça intéresse, quelques &lt;a href=&quot;http://elfenoire.net/post/2007/06/15/bonus.html&quot;&gt;bonus&lt;/a&gt; sont
disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;section&quot;&gt;
&lt;h2&gt;Licence&lt;/h2&gt;
&lt;a id=&quot;licence&quot; name=&quot;licence&quot;&gt;&lt;/a&gt;
&lt;p&gt;Ce roman est libre. Vous avez le droit de le modifier et de le redistribuer
selon les conditions de la &lt;a href=&quot;http://www.gnu.org/licenses/gpl.html&quot;&gt;General Public License&lt;/a&gt; telle que
publiée par la &lt;a href=&quot;http://fsf.org&quot;&gt;Free Software Foundation&lt;/a&gt;. Les
sources LaTeX ne sont pas disponibles sur le site mais peuvent vous être
fournies sur demande par mail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://elfenoire.net/post/2007/06/15/Elfe-noire-demon-rouge-%3A-Pas-tout-a-fait-des-hommes#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Sortir du cercueil</title>
    <link>http://elfenoire.net/post/2007/09/20/Buveur-decent</link>
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    <pubDate>Thu, 20 Sep 2007 10:59:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Elly</dc:creator>
        <category>carimall</category><category>gay</category><category>nouvelle</category><category>trans</category><category>william</category>    
    <description>    &lt;p&gt;William, un jeune peintre, est mandé dans un château isolé et lugubre pour
dresser le portrait de la fille d'un comte. Il va vite réaliser que les
occupants du château cachent un terrible secret...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est possible de lire l'intégralité du texte ci-dessous, vous pouvez
télécharger cette nouvelle &lt;a href=&quot;http://reveries.info/courtes/buveur/dl/buveur.pdf&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;au format
PDF&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;http://reveries.info/courtes/buveur/dl/html/buveur.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;en HTML&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;p&gt;William fit un sourire crispé à la petite fille qui lui tirait la langue et
tourna la tête vers la fenêtre de la diligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysage de la Transye Vanille était magnifique, avec ses belles forêts
enneigées et ses montagnes majestueuses ; mais il commençait à s’en lasser
un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William était un artiste dans le besoin, aussi avait-il accepté la
proposition du comte d’Ekul, qui le payait grassement pour qu’il vienne dans
son château dresser le portrait de sa fille. Il n’avait juste pas réalisé que
le voyage serait si long, que la diligence lui ferait si mal aux fesses, qu’il
ne pourrait pas fumer pendant plusieurs heures d’affilée, et qu’il y aurait
tant de monde à l’intérieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voiture était en effet pleinement occupée : deux jeunes hommes bien
habillés partageaient sa banquette, tandis qu’il faisait face à un couple
hétérosexuel accompagné de leur petit monstre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n’était pas vraiment que William n’aimait pas les enfants : il les
supportait tout à fait lorsqu’ils étaient suffisamment loin de lui, qu’ils
restaient immobiles et se taisaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement la fille était à moins d’un mètre, mais en plus elle avait
l’affreuse tendance à faire des grimaces et à discuter. Pire, elle lui avait
même parlé directement, situation dont il s’était sorti en feignant de ne pas
comprendre la langue locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait aussi une septième passagère, qui, faute de place, avait la
moitié du corps proprement à travers celui de son voisin. Si Angèle pouvait se
mettre dans cette position, c’était parce qu’elle n’existait pas vraiment, et
n’était qu’une hallucination de l’artiste. Il avait tout fait pour que le
phénomène cesse : arrêter de boire, boire beaucoup plus, prier et même se
faire exorciser, mais rien n’y avait fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n’était pas vraiment gênant lorsqu’il était seul, si ce n’est qu’elle lui
tapait sur les nerfs ; mais lorsqu’il était accompagné, il ne pouvait se
permettre de lui répondre sans passer pour un fou, et, comme Angèle ne se
taisait pas pour autant, c’était une situation on ne peut plus frustrante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diligence se mit enfin à ralentir, ce qui signifiait que le voyage
touchait à sa fin. Il n’était pas encore arrivé, car il ne s’agissait que d’un
embranchement auquel le comte d’Ekul avait promis d’envoyer son cocher. William
espérait qu’il tiendrait parole, car le soleil commençait à disparaître
derrière l’horizon et il ne tenait pas à passer la nuit dans la forêt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les chevaux s’arrêtaient, la mère de la petite fille lui attrapa
le poignet et lui murmura quelques mots. William se contenta de hocher la tête
et descendit de la voiture avec soulagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que le cocher expédiait sans ménagement les deux valises du jeune
homme au sol, la femme continua de parler, avant de faire finalement un signe
de croix au moment où la diligence repartait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Qu’est-ce qu’elle disait ? demanda Angèle pendant que William
s’allumait une cigarette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oh, rien de bien important. De protéger mon cou, quelque chose comme
ça.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— C’est vrai qu’il fait froid. Tu devrais mettre ton écharpe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Elle a aussi parlé de buveur décent. Mais il n’y a pas de problème non
plus, j’ai pensé à amener une bouteille, je sais que ce sont des choses qui se
font.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Elle prend vraiment les étrangers pour des gens sans éducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oui, admit William. Bon, bon, bon. J’espère qu’on ne va pas attendre trop
longtemps, on se les gèle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Moi, je trouve que ça va, répliqua Angèle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Toi tu n’existes... » commença le jeune homme, mais il fut interrompu
par un hurlement. « Euh... C’était quoi, ça ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Un loup, non ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouvel hurlement vint confirmer l’hypothèse de l’hallucination. Il
paraissait plus proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« J’espère que le cocher va arriver vite... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme aperçut un mouvement à la périphérie de son champ de vision.
Lorsqu’il tourna la tête, il n’y avait rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« J’ai cru voir quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Non, il n’y avait rien, rassura Angèle. Tu as rêvé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Par contre, il y en a un derrière toi. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William se retourna lentement, et aperçut effectivement un animal qui le
fixait de son regard jaune. Puis il en vit un autre sortir d’un fourré
voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Bon sang, combien ils sont ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— J’en vois cinq. Tout autour de toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Hum, fit le peintre en inspirant une bouffée de tabac. Heureusement que je
sais que les loups ne s’attaquent pas aux hommes. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un moment de silence, pendant lequel les animaux s’approchèrent
lentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu crois que les loups le savent, eux ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William soupira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est pas un peu déjà vu, ça ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ta phrase. « Je sais qu’ils ne font pas un truc — tu crois qu’ils le
savent, eux ? », c’est aussi refait que le coup du « je ne crois pas
en machin — mais on dirait que machin croit en toi ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ben, refait ou pas, t’es dans la merde. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William haussa les épaules et essaya de s’approcher doucement d’un arbre. Il
n’était pas très doué en escalade, mais s’il apprenait vite il avait peut-être
une chance de s’en sortir vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Quelqu’un approche », annonça Angèle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il stoppa net, décidant que si quelqu’un arrivait pour le sauver du pétrin,
il valait mieux pour son prestige qu’il ne soit pas en train d’essayer
piteusement de grimper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les loups faisaient des cercles autour de lui en se léchant les babines.
Puis ils tournèrent la tête vers le chemin et prirent subitement la fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William tourna la tête à son tour en fronçant les sourcils, et aperçut une
jeune femme en robe rouge. Elle était grande, avait les cheveux noirs, la peau
parfaitement blanche et les yeux verts, et elle était absolument
magnifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Euh..., fit le jeune homme. Je suppose que vous n’êtes pas le
cocher ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Père m’a demandé de l’accompagner pour venir vous chercher, expliqua la
femme d’une voix langoureuse. Excusez-moi du retard, mais nous avons perdu une
roue sur le chemin. Le cocher est en train de réparer. Je m’appelle Carimall,
au fait. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle tendit gracieusement sa main à William.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« William, fit le peintre en la lui serrant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Hum, souffla Angèle, je crois que tu étais censé lui faire un
baise-main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je vais prendre vos bagages, William, fit Carimall en attrapant les deux
valises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Cela risque d’être un peu lourd... » voulut protester le jeune homme,
mais elle les souleva comme si elles n’avaient rien pesé. « Euh, bon, ben,
d’accord. Je vous suis. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu’ils atteignirent le fiacre accidenté, le cocher était en train de
terminer de réparer, et ils ne durent attendre que quelques minutes avant de
poursuivre leur chemin vers le château d’Ekul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je suis tellement heureuse de voir quelqu’un ! s’exclama
Carimall. Nous ne recevons pas beaucoup, vous savez. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William aperçut la silhouette lugubre du château, le chemin sinueux bordé de
ravins qui menait vers lui, et la pleine lune en partie masquée par une
tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je vois vraiment pas pourquoi », marmonna-t-il trop bas pour que la
jeune femme l’entende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comte d’Ekul attendait sur le pas de la porte. C’était un homme de taille
moyenne et de forte corpulence, aux cheveux noirs épais et broussailleux, qui
avait quelque chose d’un peu effrayant dans le regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Bienvenue dans ma demeure ! s’exclama-t-il. Entrez-y librement
et de votre plein gré !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ben, marmonna William en descendant du fiacre, vu le chemin que j’ai fait,
je ne comptais pas rester dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Bienvenue dans ma demeure ! Entrez-y librement, et laissez un peu de
la joie que vous y apportez !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— ’Faudrait voir à changer de disque », fit Angèle tandis que William
s’inclinait respectueusement et serrait la main du comte, ou, plutôt, se
faisait broyer la main par lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ravi de faire votre connaissance, monsieur le comte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Venez. Vous devez mourir de faim. Je vais prendre vos bagages. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme n’eut pas le temps de protester, car le comte s’était déjà
emparé des deux valises. Le cocher était occupé à détacher les chevaux, tandis
que Carimall avait disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Et votre fille ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oh, elle est repartie. Elle aime se promener la nuit. Venez,
suivez-moi. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comte d’Ekul fit s’asseoir son invité à une grande table où avait été
servi un dîner copieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Excusez-moi de ne pas vous accompagner, mais j’ai déjà mangé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ce n’est pas grave, répondit le peintre en se servant une aile de poulet.
Vu l’heure, je comprends. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il mangea en quantité, pendant que le comte lui posait des questions sur son
voyage. Puis ce dernier l’invita à aller s’asseoir devant la cheminée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Oh, fit le jeune homme. Un instant. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se dirigea vers ses valises et en sortit une bouteille de vin, qu’il
apporta au comte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tenez, pour vous remercier de m’accueillir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— C’est très aimable à vous, répondit Ekul en attrapant la bouteille.
Cependant, je ne bois pas... de vin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oh, fit William en s’asseyant. Pardonnez-moi. Je l’ignorais. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comte s’assit à son tour, fit tourner la bouteille, et écarquilla les
yeux en lisant l’étiquette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Cela dit, fit-il avec une voix enjouée, pour un petit Mondar de 1724,
je crois que je pourrais faire une exception. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comte partagea ce qui restait de la bouteille entre son verre et celui de
William. Tous deux étaient passablement éméchés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Et ben, comte, pour quelqu’un qui ne boit pas... de vin, je trouve
que vous êtes un buveur décent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Non, mais quand je dis pas de vin, c’est surtout celui des péquenots du
coin. Vu le temps qu’on se trimballe, forcément, il est dégueulasse. Je ne bois
pas... de piquette, quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Vous faites bien, comte. ’Faut pas boire n’importe quoi, c’est ma
devise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Mais parfois, fit le comte d’un air grave, nécessité fait loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— ’videmment, admit William. Mais dans ce cas... » Il parut réfléchir
pendant quelques secondes, puis sortit finalement un piètre : « ça
compte pas. Bon. J’crois qu’j’vais aller roupiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je vais vous montrer votre chambre. Demain, vous pourrez dormir aussi tard
que vous le voudrez. Je devrai m’absenter jusqu’en fin d’après-midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Boulot, boulot, hein ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William se réveilla en grognant et se demanda où il était. Puis les
évènements de la veille lui revinrent en mémoire, et il comprit pourquoi il
avait mal à la tête.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est drôle, lança Angèle. Il n’y a pas grand-monde, dans cette
baraque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Laisse moi dormir, répliqua William en se retournant dans le lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Il est plus de midi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Et alors ? Le comte a dit qu’il rentrerait tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Tu devrais aller explorer le château avant qu’il ne rentre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Quoi ? Et pourquoi je ferais ça ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ben, il y a peut-être des trucs de mystérieux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oh, ouais, super. Non, je crois que je vais continuer ma grasse
mâtinée. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme se leva finalement vers cinq heures de l’après-midi et alla
chercher de quoi manger, ce qui s’avéra plus difficile que prévu étant donné
que le château était immense et qu’il n’avait que des souvenirs flous du chemin
qu’il avait suivi pour arriver à sa chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À un moment, il crut apercevoir Carimall dans un couloir et voulut aller la
saluer, mais lorsqu’il suivit la jeune femme dans la chambre où elle était
entrée, il n’y avait plus personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« J’ai vraiment trop bu hier, moi », lâcha-t-il en se préparant à
ressortir de la pièce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu’il se retourna, il réalisa qu’il n’était plus seul, mais face à trois
jeunes femmes à la beauté envoûtante et aux vêtements élaborés quoique peu
couvrants. Il décida qu’il avait dû confondre, de loin, l’une d’entre elles
avec Carimall.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois dames s’avancèrent vers William, qui recula d’un pas, et elles se
parlèrent à l’oreille. Puis elles gloussèrent et le dévisagèrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il est jeune et fort », fit l’une d’entre elles en se léchant la
lèvre d’un air trop sensuel au goût du jeune homme. « À toutes trois il
nous donnera un baiser. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme écarquilla les yeux d’un air horrifié, attrapa un coussin,
l’envoya à la figure de celle qui avait prononcé la phrase, et se fraya un
passage à travers les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu’il sortait de la pièce, il faillit percuter le comte d’Ekul, qui,
lui, désirait apparemment y entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Vous l’avez touché ? demanda-t-il aux femmes, furieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Non, expliqua William, mais il s’en est fallu de peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Et ben, répliqua le comte en se tournant vers lui, elles n’ont pas l’air
de vous avoir fait beaucoup d’effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— C’est vrai, ça, ajouta l’une d’entre elles. C’est vexant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ben, ça aurait été trois beaux gars, j’aurais peut-être pas dit non...
mais là, des femmes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Vous voulez dire que... ? demanda le comte, avant de reculer d’un
pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Euh, non, répliqua William. Sans vouloir vous vexer, comte, j’ai dit des
beaux gars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oh, lâcha Ekul d’un air rassuré. Bien. Avez-vous mangé ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Non, d’ailleurs, si vous pouviez me montrer sur un plan où se trouve le
salon... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William fut une nouvelle fois le seul à dîner, même si le comte et Carimall
discutaient à côté de lui pendant qu’il mangeait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il suivit la jeune femme pour commencer à peindre son portrait.
Elle posa de manière très conventionnelle, mais eut simplement une requête
étrange :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je pose à l’intérieur, expliqua-t-elle, mais est-ce que vous pourriez
dessiner un ciel bleu derrière moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Bien sûr. Ou un coucher de soleil, ce serait plus joli, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Non, répliqua fermement Carimall. Le ciel bleu. Et un soleil. S’il vous
plaît ? Vous comprenez ? J’ai des problèmes de peau. Le soleil me
donne d’affreuses rougeurs... qu’au moins sur un portrait je puisse y avoir
droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Cela doit être dur, fit le jeune homme avec compassion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Vous n’imaginez pas. Et en plus, nous sommes dans un pays si reculé...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Il faut voir le bon côté des choses. Les paysages sont magnifiques. Je
vais vous peindre devant un superbe décor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Mouais », lâcha la jeune femme, mais elle ne paraissait pas très
convaincue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William termina la première ébauche du tableau à peine avant l’aube.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est magnifique », commenta Carimall en se voyant représentée devant
un ciel trop bleu pour être vrai. « J’aimerais tellement pouvoir sortir
sous un tel soleil...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— As-tu essayé ? demanda le peintre, qui s’était mis à la tutoyer dans
le courant de la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ne dis pas de bêtise, répliqua sèchement la jeune femme en lui tournant le
dos. Je... je ne peux pas sortir en plein jour. Ça me tuerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Et rester là ? demandant William en allumant une cigarette. Tu ne
crois pas que c’est aussi en train de te tuer ? Tu appelles ça vivre,
rester cloîtrée dans ce vieux château ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carimall ne répondit pas et se contenta de renifler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu pleures ? demanda l’artiste en posant sa main sur l’épaule de
la jeune femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Non », répondit cette dernière en se retournant, comme si une larme de
sang n’avait pas coulé sur sa joue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Écoute, expliqua William en l’essuyant avec son doigt. Je ne veux pas
cracher sur cet endroit. Je te l’ai dit, il y a des paysages magnifiques.
J’aimerais beaucoup que tu les vois de jour. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carimall sourit et saisit le poignet du jeune homme, qui fit une moue
mi-horrifiée, mi-interrogative tandis qu’elle léchait la larme rouge qui se
trouvait sur son doigt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soleil se levait sur un paysage effectivement magnifique qui plaisait
beaucoup à William, surtout vu d’une des tours du château.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vue plaisait beaucoup moins à Carimall, qui se tenait à l’abri du soleil
derrière le renfoncement de la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je... je ne peux pas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Bien sûr que si, répliqua William en lui attrapant la main. C’est dans la
tête. Je suis avec toi, d’accord ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Mais toi tu n’es pas... enfin...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ferme les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ce n’est pas une bonne idée. S’il te plaît...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ferme les yeux », répéta le peintre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune femme obéit et abaissa ses paupières, pendant que l’artiste la
tirait vers la lumière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu’elle s’avançait, deux nouvelles larmes rouges coulèrent sur ses
yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William s’avança encore de deux pas avant de se retourner. Il vit alors la
fumée qui se dégageait du visage de la jeune femme, et se demanda s’il n’avait
pas fait une erreur en amenant la fille de son hôte en plein jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comte d’Ekul se retourna dans son cercueil et réalisa que quelque chose
ne tournait pas rond. Il retira le couvercle de ce qui lui servait de lit,
s’assit et tourna la tête d’un côté, puis de l’autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il réalisa alors que sa fille n’était pas là et en fut contrarié.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est... magnifique... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carimall était ébahie par le lever de soleil auquel elle n’avait pour
l’heure jamais eu droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William la regardait, un peu moins inquiet que quelques minutes plus tôt.
Elle avait toujours le visage rouge, mais il n’y avait plus de fumée et la
brûlure n’avait l’air que superficielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Merci », fit-elle en serrant plus fort la main du jeune homme qu’elle
n’avait toujours pas lâchée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut alors un moment magique. Ils restèrent silencieux pendant quelques
temps, contemplèrent le paysage qui s’ensoleillait peu à peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu sais, commença finalement Carimall, j’ai eu pas mal de changements
dans ma vie ces derniers temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je sais, répondit William en se tournant vers elle. Ça ne doit pas être
facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Pas tout le temps, non. Je...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Bordel de dieu d’artiste débile ! » éructa soudainement le comte,
derrière eux, protégé du soleil par le battant de la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Hum, fit William. Peut-être que tu ferais mieux de rentrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oui. On poursuivra cette discussion ce soir. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peintre regarda la jeune femme rentrer vers l’ombre protectrice du
château, puis fit de même quelques instants plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut alors plaqué contre le mur par le comte, qui commença à lui serrer la
gorge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je devrais vous tuer, espèce de crétin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Vous dites ça sur.... le coup de la colère, comte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Vous auriez pu la tuer, espèce de taré !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je ne crois... pas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Vous n’avez aucune idée de ce qu’elle est », répliqua Ekul en relâchant le
peintre, qui tomba à terre. « Si vous lui faites du mal, croyez-moi, je
vous le ferai payer cher. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William essayait péniblement de reprendre sa respiration pendant que son
hôte s’éloignait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il a de la poigne, ce comte, remarqua Angèle alors qu’il se
relevait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ouais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— « Vous n’avez aucune idée ce qu’elle est », répéta l’hallucination.
Non mais tu l’as entendu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ouais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Elle ne sort pas au soleil, elle a la peau blanche, elle chiale des larmes
de sang, et on devrait ne pas se douter que c’est une vampire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— C’est une sorte de tradition, je suppose. Je pense que je serais mal vu si
je ne faisais pas celui qui ne sait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Par contre, je pense qu’au moins Carimall fait semblant de ne pas voir que
tu fais semblant de ne pas voir qu’elle est une vampire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je ne sais pas, répliqua William, mais je crois que je vais aller me
coucher. Tes raisonnements me filent mal au crâne. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Will ? » fit Angèle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme ouvrit un œil, grimaça, et le referma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Will !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Hmmmpf ? Quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Tu devrais te lever et descendre dans le hall d’entrée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Hmmm, hmmm », acquiesça machinalement le jeune homme, avant de
demander : « Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Parce que, si mes calculs sont justes, ça devrait être la guerre d’ici
approximativement trente secondes. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William se précipita dans le hall d’entrée et arriva en plein milieu d’une
bagarre générale. Jugeant qu’il n’était pas assez réveillé pour participer à un
combat, il se contenta d’observer, en allumant une cigarette pour s’éclaircir
les idées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de quelques instants, les conclusions qu’il tira furent les
suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;pre&gt;
   * une demi-douzaine d’hommes armés étaient entrés dans le château ;
   * leurs tenues semblaient indiquer qu’ils faisaient partie de l’église ;
   * en face d’eux, le comte, sa fille, et les trois femmes paraissaient bien démunis.
&lt;/pre&gt;
&lt;p&gt;Pas étonnant, nota William. Il faisait encore jour. Le cocher, en revanche,
semblait mieux s’en sortir, puisqu’il se transforma en loup géant et parvint à
égorger deux hommes et à arracher le cœur d’un troisième avant de mourir d’un
carreau en argent qu’il reçut dans la tête.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peintre avança, remarqua que personne ne faisait attention à lui, et
ramassa une arbalète qu’un homme avait fait tomber. Le rapport de force avait
évolué avec la mort du cocher, car s’il n’y avait plus que trois assaillants,
dont celui qui paraissait être leur chef au vu de sa magnifique cape blanche,
les habitants du château semblaient effrayés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Fuis ! » lança le comte à Carimall, avant de se jeter en hurlant
sur un des hommes. Mais celui-ci parvint à plonger un pieu dans son corps et
Ekul s’écroula, pendant que sa fille prenait la fuite, suivie des trois femmes
que William avait croisées la veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soldat n’eut cependant pas le temps de se glorifier de son acte,
puisqu’il reçut un carreau en pleine tête et mourut aussitôt. Les regards des
deux hommes restants se tournèrent vers le peintre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Qu’avez-vous fait, sombre idiot ? éructa le chef pendant que le
peintre rechargeait son arme. Nous sommes de l’inquisition, venus vous sauver
de ces monstres buveurs de sang !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Vraiment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Évidemment ! Ce sont des...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— ...vampires ? », demanda William en envoyant en souriant un nouveau
carreau dans la tête du soldat le moins gradé. « Il aurait fallu que je
sois idiot pour ne pas le réaliser plus tôt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Impie ! Hérétique ! » hurla l’inquisiteur en dégainant son épée
et en chargeant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme lâcha son arbalète devenue inutile et parvint de justesse à
ramasser une épée sur un cadavre pour parer le coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je suis l’évêque Cromwey ! hurla l’homme entre deux passes
d’armes. Prépare-toi à mourir ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William se baissa juste à temps pour éviter la lame, envoya un coup de pied
dans les tibias de son adversaire et se précipita dans les escaliers en
colimaçon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je crois que tu aurais dû arrêter le tabac », commenta Angèle tandis
que le jeune homme s’épuisait en courant dans les escaliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement pour William, l’évêque n’avait pas un meilleur souffle que lui,
et il commença à perdre du terrain à partir du quatrième étage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Au fait, demanda l’hallucination, tu sais où tu vas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Évidemment... pfff... que... pfff... non... » grommela le jeune homme
en continuant à grimper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il comprit la remarque perfide d’Angèle lorsqu’il ouvrit la porte qui le
bloquait d’un coup de pied rageur et réalisa qu’il se trouvait au sommet d’une
tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il faut voir le bon côté des choses, fit la femme imaginaire. Le
paysage est magnifique. Il va te tuer devant un superbe décor. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William eut à peine le temps de se retourner et de bloquer l’épée de
l’évêque, qui paraissait au contraire rasséréné par un tel paysage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux combattants échangèrent quelques bottes, plutôt flaibardes à cause
de leur épuisement, avant que d’un geste bien placé l’inquisiteur ne désarme
son adversaire. Le peintre regarda son épée tomber dans le ravin que
surplombait le château et déglutit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Pourquoi t’es tu donc allié avec ces misérables créatures ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Carimall est sympathique, expliqua William. Qu’est-ce qu’elle a fait de
mal ? On ne choisit pas ses parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Elle est maudite, répliqua l’évêque. Il faut libérer son âme en brûlant
son corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oh, ouais. Vous avez toujours eu des remèdes expéditifs, vous autres. Je
préfère mille fois les vampires aux ordures de votre espèce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Tu blasphèmes, misérable, alors qu’il te faudrait te repentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— J’assume tous mes pêchés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Alors, tu iras en Enfer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je préfère autant, répliqua le jeune homme en souriant. Dans votre Ciel,
tous les mecs mignons préfèrent les femmes. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se lança alors sur son adversaire, et la lame lui transperça le cœur.
Mais il continua à sourire et bascula par dessus le muret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’évêque réalisa trop tard que William voulait l’entraîner dans sa chute. Il
parvint néanmoins à se rattraper de justesse à une fissure et se dégagea du
jeune homme qui lui tenait la jambe, l’envoyant mourir loin en contrebas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il allait remonter lorsqu’il réalisa que quelqu’un s’était mis debout sur le
muret. Levant la tête, il aperçut une femme aux jambes d’autant plus
impressionnantes qu’il était situé en dessous d’elle, et dut faire appel à
toute sa foi pour s’empêcher d’avoir un début d’érection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est les chaussures à talon, expliqua Carimall en apercevant son
regard. Ça fait de longues jambes. Et ça a un autre intérêt... »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle le lui démontra en lui enfonçant sa chaussure dans la main. Puis, après
que l’évêque eut chuté en hurlant, elle ajouta :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ouais, je sais. Avec ça, je suis une tombeuse d’hommes. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William sentait son esprit commencer à flotter au-dessus de son corps dans
un état extatique qui ne peut d’ordinaire être atteint qu’après avoir consommé
quantité de substances illicites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, brutalement, il eut mal, atrocement mal, sans doute plus que ce qu’il
n’avait jamais enduré. Sa gorge le brûla, et pendant quelques secondes il crut
qu’on lui avait injecté de la lave dans la bouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il réalisa que ce n’était que du sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ah, tu te réveilles, lança Carimall.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Aaargl », fit William.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune femme, qui n’était en réalité pas aussi jeune qu’elle n’en avait
l’air, retira le poignet qu’elle s’était ouvert et lança un sourire charmeur au
nouveau vampire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je sais, ça fait un peu mal. Mais ce n’est qu’une fois pour
l’éternité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Urgl, lâcha William en essayant de s’assoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Attends un peu, fit Carimall en l’aidant. Ça ira mieux dans quelques
instants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Si tu... le dis...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Par contre, je te préviens, ton corps va changer un peu, dans les jours
qui vont venir... Mais il paraît que ce n’est pas si dramatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— « Il paraît » ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ben, moi je suis née comme ça. Je ne peux pas savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Mais tu as dit hier que tu avais traversé des changements...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oh, oui. Je ne parlais juste pas de ça.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— De quoi, alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je suis née vampire, reprit Carimall. Par contre je ne suis pas née
femme. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un moment de silence, puis le nouveau vampire lâcha :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Oh. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite il continua à se taire, parut dépité, et fit une nouvelle
fois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Oh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Quoi ? Ça te choque ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ce n’est pas ça. C’est juste que je venais de me dire qu’entre peintre
maudit, homosexuel, et maintenant vampire, il ne devait pas y avoir pire
marginal que moi. Et je n’ai même pas eu le temps de profiter de cette idée
deux minutes que tu la fais voler en éclats. C’est frustrant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je ne sais pas s’il y a une échelle de la marginalité et un concours à
faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ouais, je suppose que tu as raison. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William inspira une bouffée sur sa cigarette, toussa, puis son visage
s’illumina et il demanda :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Une seconde... tu as une amie imaginaire qui n’est même pas ton amie,
toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Heu... non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ah ha ! s’exclama-t-il, rayonnant. Peut-être qu’on va relancer ce
concours, finalement. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William décida, en allumant un de ces énormes cigares dont lui avait fait
cadeau le comte pour le remercier de sa visite, que le voyage de retour
s’annonçait plus sympathique que celui de l’aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Déjà, son hallucination, bien que toujours présente, se taisait, et c’était
quelque chose qui était assez rare pour qu’il prenne la peine d’en profiter
pleinement. Mais surtout, la voiture était étonnamment beaucoup moins remplie
qu’à l’aller. En face de lui, il n’y avait que Carimall, terriblement nerveuse
à l’idée de quitter sa terre natale pour la première fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait eu du monde au départ de la diligence, pourtant. Mais lorsqu’il
avait répondu au sourire d’une vieille femme repoussante en souriant à son tour
de toutes ses dents, elle avait marmonné quelques mots tous bas et tous les
voyageurs s’étaient soudainement souvenus qu’ils avaient des choses bien plus
importantes à faire qu’accomplir un voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme quoi, décida le vampire, il ne fallait jamais négliger les vertus d’un
simple sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ça va ? demanda-t-il à Carimall, qui regardait par la fenêtre la
silhouette du château disparaître.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oui, répondit-elle en souriant. Je crois. J’ai juste un peu peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— J’imagine. Tu voulais aller quelque part en particulier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Non. Loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je dois te prévenir... Dans le vaste monde, il est possible que tout le
monde ne t’accepte pas comme tu es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Je sais. Grâce à l’évèque, je suis parée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Tu veux dire qu’il t’a fait comprendre ce que pouvait être
l’intolérance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Oh, non, répliqua Carimall en souriant. Je veux dire que j’ai récupéré son
arbalète et son épée. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William hocha la tête, et décida que le comte avait sans doute eu tort de
s’inquiéter pour l’avenir de sa fille. Elle n’avait peut-être aucune expérience
du monde, mais elle avait apparemment déjà compris comment il fonctionnait.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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